Introduction
Le plus grand hôtel particulier de Carcassonne porte le nom de la mauvaise famille. L'Hôtel de Rolland, rue Aimé Ramond dans le sud de la France, a coûté 172,000 livres à construire — soit environ deux millions d'euros — et chaque sou venait du fils d'un marchand de laine nommé Cavaillès. Les Rolland l'ont simplement possédé assez longtemps pour que leur nom s'impose. Ce qui reste aujourd'hui, c'est un monument à l'ambition, à l'effacement, et à l'une des plus belles tailles de pierre du XVIIIe siècle en Languedoc.
Aujourd'hui, le bâtiment abrite l'hôtel de ville de Carcassonne. Les visiteurs venus pour des démarches passent sous des mascarons de pierre sculptés — des visages décoratifs — dus à des sculpteurs italiens et florentins, puis devant des cheminées de marbre taillées par un homme qui a passé neuf ans à l'Escorial de Madrid. La plupart ne lèvent pas les yeux.
Le chantier a duré de 1751 à 1761 sous la direction de l'architecte Guillaume Rollin, architecte de la province de Languedoc depuis 1735. Il n'avait aucun lien avec la famille Rolland — cette quasi-homonymie relève du pur hasard. Pour libérer le terrain, Cavaillès avait déjà fait démolir quatre maisons et trois écuries, rachetant tout un îlot morceau par morceau à partir de 1746.
Le bâtiment appartient à un moment très précis de l'histoire de France : l'apogée de la prospérité des marchands drapiers du Languedoc, qui expédiaient de fins draps par Marseille vers les marchés ottomans de Smyrne, Alep et Alexandrie. La fortune de Cavaillès venait de la laine. Cet hôtel particulier devait transformer cette fortune en quelque chose que la laine seule n'aurait jamais pu acheter : un statut nobiliaire.
À voir
La façade et ses visages de pierre
Le bâtiment porte le nom de la mauvaise famille. Jean-François Cavaillès, fils d'un marchand drapier, a dépensé 172 000 livres — soit environ deux millions d'euros — et consacré dix ans à réunir des parcelles, démolir quatre maisons et trois écuries, puis élever ce monument à sa propre ambition entre 1751 et 1761. Les Rolland n'ont acheté les lieux qu'en 1815, plus d'un demi-siècle plus tard. Pourtant, leur nom est resté. Placez-vous en face, de l'autre côté de la rue Aimé Ramond, et vous verrez ce que Cavaillès a vraiment payé : une façade de quatre étages couverte de mascarons sculptés dans la pierre — des visages humains, tous différents, certains barbus, d'autres grimaçants, d'autres encore avec cette expression hésitant entre l'amusement et le mépris. Ils ont été sculptés par Jean Barata et Dominique Nelli, les mêmes artistes qui ont réalisé la fontaine de Neptune sur la place Carnot, dix minutes plus au sud. Ces visages alternent avec des encadrements de cartouches à enroulements, dont les courbes en S appartiennent au vocabulaire rocaille de la France de Louis XV, et non au Languedoc provincial. C'est bien cela, l'idée. Toute cette façade rompt avec les immeubles voisins : une déclaration parisienne plantée au milieu d'une rue commerçante ordinaire. Levez les yeux au-delà des mascarons, au-delà des fenêtres à linteau cintré, jusqu'à l'oculus — une unique fenêtre ronde au troisième étage que la plupart des visiteurs ne remarquent jamais. Il ponctue l'ensemble comme un point final au bout d'une phrase très longue, et très coûteuse.
Les deux escaliers et les salles de réception
L'architecte Guillaume Rollin a conçu deux grands escaliers à l'intérieur de l'Hôtel De Rolland, et leur contraste raconte à lui seul tout le XVIIIe siècle français. L'escalier ouest est théâtral : plafonds peints, cheminées de marbre, moulures de plâtre en coquilles et feuilles d'acanthe. C'était l'ascension qui comptait — celle que les invités gravissaient sous les regards, avec des marches de pierre plus creusées au centre et sur le bord intérieur par 265 ans de pas suivant la même trajectoire. Les voix montent nettement dans la cage d'escalier ; un seul pas sur les marches basses rebondit proprement contre les murs. L'escalier est dessert les quatre étages, mais raconte autre chose. Austère, fonctionnel, et plus vous montez, plus les plafonds s'abaissent. Au dernier étage, les ouvertures passent de l'arc au carré, les pièces rétrécissent, et vous sentez l'architecture peser sur vous — littéralement. C'était l'étage des domestiques. Le bâtiment inscrit sa hiérarchie sociale dans la hauteur sous plafond. Entre ces deux escaliers, les salles de réception du premier étage conservent des plafonds peints et des cheminées sculptées par Louis Parant, un artiste qui avait passé neuf ans à décorer le palais de l'Escorial à Madrid avant de venir à Carcassonne. Le bâtiment sert aujourd'hui d'hôtel de ville, vous pouvez donc entrer gratuitement pendant les heures de bureau en semaine. Pas de billet. Pas d'audioguide. Il suffit de pousser la porte.
La ruelle arrière et la chambre forte bancaire : un tout autre bâtiment
Faites le tour jusqu'à la ruelle Rolland, l'étroite voie derrière le bâtiment où presque personne ne vient, et l'Hôtel De Rolland devient un autre édifice. D'ici, vous voyez l'élévation sur cour — trois ailes, quatre étages, sept travées de fenêtres de chaque côté encadrant un rectangle de ciel. Plus de mascarons théâtraux, plus de porte cochère. Seulement l'ossature domestique de l'ensemble, l'envers du décor. Si vous venez pendant les Journées du Patrimoine en septembre, la ville ouvre parfois le sous-sol, où une porte de chambre forte en acier datée de 1924 repose dans une cave construite pour le vin en 1761. Le Crédit Agricole a occupé le bâtiment de 1924 à 1978 et a aménagé les coffres en conséquence — une serrure à combinaison boulonnée dans la pierre aristocratique. La température y reste stable entre 14 et 16°C toute l'année, assez fraîche pour que vous la sentiez sur vos bras avant même que vos yeux s'habituent à la lumière. Deux siècles d'ambition, de classe sociale, de commerce et de bureaucratie municipale, empilés à la même adresse. Cavaillès serait sans doute furieux que le lieu ne porte pas son nom. Et il n'aurait pas tort.
Galerie photos
Explorez Hôtel De Rolland en images
L’élégante façade de pierre de l’Hôtel De Rolland à Carcassonne, en France, ornée de balcons en ferronnerie raffinée et du drapeau national français.
Tylwyth Eldar · cc by-sa 4.0
Cette peinture à l’huile pleine d’atmosphère montre la cité fortifiée historique de Carcassonne, en France, vue depuis la rive près du quartier de l’Hôtel De Rolland.
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L’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France, présente un balcon en fer forgé finement travaillé orné de l’emblème de la République française.
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L’élégante façade de pierre de l’Hôtel De Rolland à Carcassonne, en France, met en valeur des détails architecturaux classiques et une ferronnerie raffinée.
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Un élégant escalier et une œuvre classique à l’intérieur de l’Hôtel De Rolland historique situé à Carcassonne, en France.
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Vue détaillée de la rampe en fer forgé finement travaillée et de l’écu héraldique à l’intérieur de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France.
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Le drapeau français flotte fièrement sur un ciel d’un bleu éclatant au-dessus de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France.
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Un superbe lustre en cristal éclaire les stucs détaillés et l’architecture néoclassique du plafond de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne.
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Vue de la façade historique en pierre de l’Hôtel De Rolland à Carcassonne, en France, montrant sa symétrie architecturale classique et ses fenêtres cintrées.
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Gros plan sur les délicats stucs ornementaux qui décorent l’angle du plafond de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France.
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L’élégante façade de pierre de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France, révèle une symétrie architecturale classique et de hautes fenêtres traditionnelles.
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Gros plan sur les élégants stucs ornementaux qui décorent les plafonds de l’Hôtel De Rolland historique à Carcassonne, en France.
Tylwyth Eldar · cc by-sa 4.0
Regardez de près les mascarons de pierre qui décorent la façade — sculptés par deux artistes d'origine italienne, Jean Barata et Dominique Nelli, dans la pierre locale de Pezens. Chaque visage est différent ; essayez de repérer l'endroit où le style de taille change d'une main à l'autre.
Informations pratiques
Accès
La rue Aimé Ramond s'inscrit dans le quadrillage plat de la Bastide Saint-Louis, la ville basse de Carcassonne. Depuis la gare, comptez environ 12 minutes à pied vers l'est par la rue Georges Clémenceau et la rue de la République. Depuis la place Carnot — la place principale avec sa fontaine de Neptune — vous êtes à cinq minutes à pied. Les bus urbains Agglobus desservent la Bastide ; les arrêts Carnot et Mairie sont les plus proches.
Horaires d'ouverture
En 2026, l'Hôtel de Rolland n'est pas un musée ouvert au public et n'a pas d'horaires de visite réguliers — vous pouvez admirer la façade librement depuis la rue à toute heure. L'accès à l'intérieur reste rare : l'occasion la plus fiable est celle des Journées du Patrimoine, organisées le troisième week-end de septembre, quand des bâtiments historiques privés dans toute la France ouvrent gratuitement leurs portes. Consultez journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr à partir de juillet pour vérifier une participation confirmée.
Temps à prévoir
Pour l'extérieur — les mascarons sculptés, la façade monumentale, les détails de cour visibles depuis la rue — prévoyez 10 à 15 minutes. Si vous venez pendant les Journées du Patrimoine et que l'intérieur est ouvert, comptez 45 minutes à une heure pour les plafonds peints, les cheminées en marbre et l'escalier en ferronnerie. Dans les deux cas, intégrez la visite à une promenade plus longue dans le quadrillage de la Bastide, qui prend une à deux heures à un rythme tranquille.
Coût
L'extérieur ne coûte rien — c'est la voie publique. Les visites des Journées du Patrimoine sont gratuites dans toute la France par politique nationale ; si l'intérieur ouvre en septembre, n'attendez donc aucun droit d'entrée. Le stationnement dans la Bastide coûte quelques euros : le parking Gambetta et le parking de la Mairie sont tous deux à moins de dix minutes à pied.
Conseils aux visiteurs
Photographier les mascarons
Les visages de pierre de la façade ont été sculptés par Jean Barata et Dominique Nelli, tous deux d'origine italienne — le même atelier qui a achevé la fontaine de Neptune sur la place Carnot. Prenez un téléobjectif ou utilisez le zoom de votre téléphone : les plus beaux détails se trouvent au-dessus des fenêtres du deuxième étage, faciles à manquer depuis la rue.
Manger dans la Bastide
Laissez tomber les restaurants trop chers à l'intérieur des remparts de la Cité médiévale. La place Carnot, à cinq minutes de l'Hôtel De Rolland, propose des brasseries honnêtes et un marché matinal les mardi, jeudi et samedi, où vous pouvez composer un repas de pain, charcuterie et fromage local pour quelques euros. Pour un vrai cassoulet — la version carcassonnaise comprend traditionnellement de la perdrix — essayez Le Patio ou Au Comte Roger.
Journées du Patrimoine en septembre
Le troisième week-end de septembre est votre meilleure chance de voir l'intérieur — les plafonds peints, les cheminées de marbre italien de Louis Parant, l'escalier en fer forgé de Jean-Baptiste Guiraud. Les annonces paraissent sur le site national du patrimoine vers le mois de juillet chaque année. Arrivez tôt ; dans une ville de cette taille, ces ouvertures attirent vite des files d'attente.
Parcourir toute la Bastide
La plupart des visiteurs filent droit vers la Cité médiévale et ne mettent jamais les pieds dans la ville basse. La Bastide Saint-Louis est un quadrillage planifié du XIIIe siècle avec plusieurs beaux hôtels particuliers le long de la rue Aimé Ramond et de la rue de Verdun — l'Hôtel De Rolland est le plus imposant, mais pas le seul qui mérite un regard. Combinez la promenade avec le musée des Beaux-Arts, gratuit, et le chemin de halage du Canal du Midi, à dix minutes à pied vers le sud.
Boire de la Blanquette, pas du champagne
Limoux, 25 kilomètres au sud de Carcassonne, produit la Blanquette — un vin effervescent dont les habitants jurent qu'il est né un siècle avant le champagne. Tous les cafés de la place Carnot en servent. Commandez-en un verre en vous asseyant face à la fontaine commencée par le père Barata et achevée par son fils — l'une de ces discrètes connexions entre la place et le bâtiment au coin de la rue.
Rester attentif les jours de marché
Les marchés du mardi et du samedi place Carnot attirent la foule. Le risque de pickpocket est modéré, sans être inquiétant — gardez les sacs fermés et les téléphones dans les poches avant. Le vrai danger, c'est d'acheter plus de fromage que vous ne pouvez en porter.
Où manger
Ne partez pas sans goûter
Les Pâtisseries d'Elona
quick biteCommander : Les croissants et les tartes aux fruits de saison sont remarquables : les habitués font la queue ici pour des pâtisseries fraîches avec leur café du matin. Ne passez pas à côté des religieuses et des macarons.
C’est ici que les habitants de Carcassonne achètent vraiment leurs pâtisseries, pas les touristes. Avec 277 avis cinq étoiles, la réputation d’Elona pour sa viennoiserie beurrée et délicate est amplement méritée, et l’adresse vaut le détour avant d’explorer la Cité.
St
local favoriteCommander : Le plat du jour du déjeuner change chaque jour : attendez-vous à des légumes de saison, de bonnes protéines et une cuisine de café français comme il faut. Parfait pour un repas rapide, honnête et sans prétention.
Une vraie adresse de quartier dans la Bastide Saint-Louis, le vrai Carcassonne, pas la forteresse pour touristes. Ouvert du petit déjeuner jusqu’au dîner, c’est là que les habitants vont manger quand ils veulent quelque chose de simple et bien fait.
Natural Cave Vendimia
local favoriteCommander : Vins naturels et biodynamiques du Languedoc accompagnés de charcuteries et de fromages locaux. C’est ici que vont les vrais amateurs de vin : attendez-vous à des sélections de Corbières et de Minervois moins connues.
Vendimia défend les vins naturels et les producteurs locaux. C’est un petit lieu sans chichis où l’on goûte le vrai caractère de la région, le genre d’adresse qui rappelle pourquoi la scène viticole du Languedoc compte.
Les Arches de la cité
cafeCommander : Espresso et pâtisseries le matin ; salades légères et sandwiches au déjeuner. Une vraie expérience de café français, sans la surtaxe touristique.
Caché dans une rue calme, ce café a des airs de secret bien gardé des habitants. Parfait pour une pause-café ou un déjeuner léger pendant que vous explorez les coins les plus tranquilles de la vieille ville.
Conseils restauration
- check La Bastide Saint-Louis, la ville basse où se trouve l’Hôtel De Rolland, c’est le vrai Carcassonne : c’est ici que les habitants vont manger, pas seulement les touristes de la Cité.
- check Le marché hebdomadaire de la Bastide Saint-Louis est l’endroit idéal pour acheter produits locaux, fromages et charcuteries pour un pique-nique ou si vous logez avec cuisine.
- check Les vins du Languedoc offrent un rapport qualité-prix remarquable. Ne passez pas à côté des bouteilles locales dans des bars à vin comme Vendimia au lieu de choisir des crus importés.
- check Le déjeuner se prend en général entre 12 h et 14 h ; le service du dîner commence vers 19 h 30. Beaucoup de restaurants ferment entre les deux services.
- check Les pâtisseries comme Les Pâtisseries d’Elona se visitent de préférence tôt le matin, avant que les meilleures pièces ne soient vendues.
Données restaurants fournies par Google
Contexte historique
Le marchand qui a bâti un palais et perdu son nom
Jean-François Cavaillès est né en 1720 dans l'aristocratie marchande de Carcassonne — pas la véritable aristocratie, et c'était précisément le problème. Son père était marchand-fabricant, l'un de ces riches fabricants de drap qui organisaient le commerce de la laine, de la toison brute au drap fini. La famille avait de l'argent. Elle n'avait pas de titre.
Dans le Languedoc du XVIIIe siècle, l'écart entre un riche roturier et un petit noble était mince comme une lame et impossible à franchir — sauf si l'on connaissait la faille. La charge de secrétaire du roi, office vénal de la chancellerie royale, conférait automatiquement la noblesse héréditaire après vingt ans d'exercice. Coûteuse, un peu douteuse aux yeux de la vieille noblesse, et la meilleure échelle disponible. Cavaillès en a acheté une. Il lui fallait ensuite une maison à la hauteur.
172 000 livres et un pari de vingt ans
À partir de 1746, Cavaillès a commencé à acheter chaque propriété de l'îlot du carron de Vivès. D'abord la maison de Charles Pascal, marchand drapier et ancien consul de Carcassonne. Puis deux maisons de la famille Fourès. Puis le reste. Il a fait démolir quatre maisons et trois écuries pour dégager un terrain assez vaste pour un hôtel particulier qui annoncerait, sans ambiguïté, son entrée dans la noblesse.
La construction a commencé en 1751 sous la direction de Guillaume Rollin, architecte provincial du Languedoc depuis 1735, déjà sexagénaire. Le chantier était conduit par Jean Vincens dit Lechevalier, originaire du village de Caudebronde. Aucun des deux ne survivrait au projet. D'après les archives locales, Lechevalier est mort le 12 août 1760 — quelques mois avant l'achèvement. Rollin lui-même est mort en 1761, l'année même où le bâtiment a été terminé. On ignore s'il a vécu assez longtemps pour en voir la livraison.
Le pari a payé — un temps. Cavaillès a obtenu son hôtel, son anoblissement, puis il est mort en 1784, cinq ans avant que la Révolution ne retire toute valeur aux titres achetés. Le bâtiment censé immortaliser l'ascension de sa famille porte aujourd'hui le nom de quelqu'un d'autre. La famille Rolland l'a acquis — on ne sait pas exactement quand, ni dans quelles circonstances, les archives restent muettes — et l'a gardé assez longtemps pour effacer Cavaillès de sa propre création.
La laine, le Levant et la fortune d'un marchand
Dans les années 1740, Carcassonne n'avait rien d'une ville de province oubliée. Les marchands drapiers de la ville expédiaient des londrins seconds — un drap fin — via Marseille vers les marchés ottomans de Smyrne, Alep et Alexandrie. Les marchands-fabricants qui contrôlaient cette chaîne d'approvisionnement comptaient parmi les roturiers les plus riches du sud de la France, et la famille Cavaillès appartenait pleinement à ce milieu. Les 172 000 livres qui ont financé l'hôtel venaient d'une laine qui habillait des fonctionnaires ottomans et des négociants nord-africains de l'autre côté de la Méditerranée.
Les artisans qui ont survécu au commanditaire
Cavaillès a réuni une équipe de talents internationaux qui ressemble à une route commerciale méditerranéenne. Jean Barata, sculpteur italien, a taillé les mascarons de la façade et achevé la fontaine de Neptune sur la place Carnot — en terminant l'ouvrage commencé par son propre père. Dominique Nelli, d'origine florentine, a sculpté des mascarons dans la pierre locale de Pezens ; selon la tradition, il serait l'arrière-arrière-grand-père de René Nelli, poète du XXe siècle et grand spécialiste de la littérature des troubadours occitans. Louis Parant, après neuf ans passés à décorer l'Escorial à Madrid, a sculpté les cheminées de marbre italien de l'intérieur. Leur travail a survécu dans le bâtiment. L'homme qui les a engagés n'est plus qu'une note en bas de page.
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Questions fréquentes
L'Hôtel De Rolland à Carcassonne vaut-il la visite ? add
Oui — c'est le plus bel hôtel particulier du XVIIIe siècle de Carcassonne, et la plupart des touristes passent devant sans le voir. La façade de la rue Aimé Ramond est couverte de visages de pierre sculptés un par un par les mêmes artistes italiens qui ont réalisé la fontaine de Neptune sur la place Carnot. Comme le bâtiment se trouve dans la ville basse et non dans la Cité médiévale, vous l'aurez sans doute presque pour vous seul.
Peut-on visiter gratuitement l'Hôtel De Rolland ? add
L'extérieur se voit librement depuis la rue à toute heure. Le bâtiment sert d'hôtel de ville à Carcassonne, vous pouvez donc entrer dans la cour pendant les heures de bureau en semaine sans rien payer. Pour les salles de cérémonie intérieures — plafonds peints, cheminées de marbre — votre meilleure chance reste le week-end des Journées du Patrimoine en septembre, lui aussi gratuit.
Combien de temps faut-il prévoir pour l'Hôtel De Rolland à Carcassonne ? add
Comptez 10 à 15 minutes pour la façade et la cour. Si vous êtes là pendant une journée d'ouverture patrimoniale et que les salles de réception sont accessibles, ajoutez encore 30 à 45 minutes. Combinez la visite avec une promenade dans le quadrillage de la Bastide Saint-Louis et un café place Carnot — la boucle complète dans la ville basse se fait confortablement en deux heures.
Comment aller à l'Hôtel De Rolland depuis la gare de Carcassonne ? add
Marchez vers l'est pendant environ 12 minutes le long de la rue Georges Clémenceau jusqu'au quadrillage de la Bastide — aucun bus nécessaire. Depuis la place Carnot, la grande place du marché, comptez environ cinq minutes à pied. La ville basse est entièrement plate, donc les fauteuils roulants et les poussettes n'auront aucune pente à affronter.
Quel est le meilleur moment pour visiter l'Hôtel De Rolland ? add
Le troisième week-end de septembre, pendant les Journées du Patrimoine, quand des pièces intérieures habituellement fermées au public peuvent ouvrir. Pour les photos, la fin d'après-midi au printemps ou en automne projette une lumière chaude sur les mascarons de pierre et creuse leurs ombres. Les visites d'été ont une autre récompense : franchir la vaste porte cochère pour entrer dans l'intérieur de pierre fait chuter la température de dix degrés par une journée de juillet à 35°C.
Que ne faut-il pas manquer à l'Hôtel De Rolland à Carcassonne ? add
Les mascarons sculptés sur la façade — chaque visage est différent, du sourire en coin à la grimace, et ils sont l'œuvre de sculpteurs italiens dont la famille a aussi taillé la fontaine de Neptune à cinq minutes d'ici. Faites le tour jusqu'à la ruelle Rolland, l'étroite voie derrière le bâtiment, pour voir l'élévation sur cour que presque personne ne remarque. Si vous entrez, les deux escaliers racontent à eux seuls toute l'histoire des classes sociales au XVIIIe siècle : l'un grandiose et peint pour les propriétaires, l'autre simple et bas de plafond pour les domestiques.
Qui a construit l'Hôtel De Rolland à Carcassonne ? add
Le fils d'un marchand de laine nommé Jean-François Cavaillès, et non la famille Rolland — le nom actuel relève d'un accident de l'histoire. Cavaillès a dépensé 172 000 livres, soit environ deux millions d'euros aujourd'hui, entre 1751 et 1761 pour construire un hôtel assez grand pour correspondre à son titre de noblesse fraîchement acheté. Les Rolland ont acquis la propriété des décennies plus tard et leur nom est resté, ce que les historiens locaux continuent de considérer comme une injustice envers l'homme qui a réellement payé chaque pierre.
L'Hôtel De Rolland est-il un musée ou peut-on entrer à l'intérieur ? add
Ce n'est pas un musée — c'est un hôtel de ville en activité. Vous pouvez entrer au rez-de-chaussée et dans la cour pendant les heures de bureau en semaine, comme dans n'importe quelle mairie française, mais les grandes salles de réception aux étages ne sont pas ouvertes régulièrement au public. Les Journées européennes du patrimoine en septembre et quelques événements du Festival de Carcassonne en juillet sont les principales occasions de voir les plafonds peints et les cheminées de marbre à l'étage.
Sources
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verified
Ville de Carcassonne — Hôtel de Rolland
Page officielle de la ville avec détails architecturaux, organisation de la cour, description de la façade et attributions des sculptures (Barata et fils)
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verified
Wikipédia — Hôtel de Rolland
Dates de construction, style architectural, matériaux de construction, types de fenêtres de la façade et référence au tableau de Guillemet
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verified
Festival de Carcassonne — Mairie Hôtel de Rolland
Le bâtiment comme lieu du festival, avec détails sur le décor intérieur, notamment les plafonds peints et les cheminées en marbre
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verified
Office de tourisme de Carcassonne — Hôtel de Rolland
Fiche de l'office de tourisme présentant le bâtiment comme site culturel
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verified
Musique et Patrimoine de Carcassonne
Source la plus riche : biographie de Cavaillès, achats de terrains à partir de 1746, architecte Guillaume Rollin, sculpteurs Barata et Nelli, lien de Louis Parant avec l'Escorial, coût de construction de 172,000 livres, et lien généalogique entre Nelli et René Nelli
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verified
Mairie de Carcassonne — carcassonne.fr
Confirmation de Cavaillès comme commanditaire, injustice du nom attribué à la famille Rolland, et citations de l'historien Claude Marquié
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verified
Rando Grand Carcassonne — Hôtel de Rolland
Contexte d'itinéraire pédestre et repère de localisation pour le bâtiment
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verified
Base Mérimée — Monument Historique PA00102601
Notice officielle de la base du patrimoine français confirmant le classement Monument Historique depuis 1923
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