c. 400 BCE-906
Des monnaies à Bratislava, des cloches à Nitra
Une pièce d'argent est un excellent point de départ pour le drame d'une nation. Bien avant que l'on parle de Slovaquie, des chefs celtes sur la colline de Bratislava frappaient déjà monnaie au nom de BIATEC, ce qui est une manière délicieusement arrogante de défier l'oubli. Ce que l'on ignore souvent, c'est que les archéologues y ont trouvé des traces de demeures d'élite bâties dans un style romain, comme si quelque prince local avait regardé vers le sud en se disant : oui, j'aurai l'Italie sur le Danube.
Puis la scène se déplace vers l'est et l'intérieur, à Nitra, où le pouvoir devient chrétien et donc plus théâtral. On se souvient de Pribina pour une église consacrée vers 828, souvent présentée comme la première église chrétienne connue chez les Slaves occidentaux sur cette terre. Imaginez l'odeur du bois frais, de la cire, de la terre humide et de l'ambition. Une église n'est jamais seulement une église dans un tel siècle ; c'est une déclaration.
La Grande-Moravie a suivi, avec l'un de ces moments où la langue devient elle-même politique. Cyrille et Méthode arrivent en 863 avec des livres liturgiques en slavon, au grand agacement de ceux qui préféraient la sainteté en latin et l'obéissance à la franque. Svatopluk I transforme ce royaume fragile en puissance à laquelle Rome doit s'adresser avec respect. Le pape lui écrit. Ce détail change tout de suite le tableau.
Mais les premiers royaumes meurent de façon très humaine : ils dépendent des hommes, des alliances, des fils décevants, des cavaliers qui surgissent du mauvais côté de la frontière. Après la mort de Svatopluk, la poussée magyare et les faiblesses internes disloquent la Grande-Moravie. Les châteaux des siècles suivants s'élèveront sur cette mémoire, mais la première leçon était déjà inscrite entre Nitra et Bratislava : cette terre n'a jamais été périphérique. Elle était disputée parce qu'elle comptait.