A History Told Through Its Eras
Quand Marib retenait le désert
Royaumes de l'encens et de la pierre, c. 1000 av. J.-C. - 525 apr. J.-C.
À l'aube à Marib, avant que la chaleur ne devienne implacable, on peut encore imaginer le son qui rendit ce royaume riche : non pas la bataille, mais l'eau. Le Grand Barrage de Marib, entamé vers le VIIIe siècle avant notre ère et réparé pendant plus d'un millénaire, transforma un bassin aride en vergers, champs de céréales et vignes. Les écrivains grecs et romains appelaient ce coin d'Arabie Arabia Felix, l'Arabie Heureuse, ce qui en dit moins sur le bonheur que sur l'irrigation.
Les Sabéens ne s'enrichirent pas par accident. Ils taxaient les caravanes qui portaient l'encens et la myrrhe vers le nord, en direction de Pétra et Gaza, puis gravaient leurs victoires et leurs dédicaces dans la pierre avec la confiance d'un bureaucrate. Ce que l'on ignore souvent, c'est que leur puissance reposait sur la comptabilité autant que sur la légende : postes de péage, domaines templiers, alliances, entretien des canaux. Bilqis, la reine de Saba, plane au-dessus de tout cela comme un parfum dans une pièce close. L'histoire ne peut la prouver comme elle prouve un roi par des inscriptions, et pourtant Marib n'a jamais cessé de la revendiquer.
Vinrent ensuite les siècles de rivalité acharnée, où Saba, Qataban, le Hadramaout et Himyar se disputèrent commerce et prestige à travers l'Arabie méridionale. Les rois finançaient des temples à Sirwah et à Marib en se vantant de villes conquises et d'ennemis captifs. L'un d'eux, Karib'il Watar, fit graver ses campagnes dans le roc avec une précision froide, comme si le massacre et l'art de gouverner méritaient également les archives. Ils le méritent, généralement.
Le dernier acte fut plus sombre. À la fin du IVe siècle, la cour himyarite embrassa le judaïsme, décision remarquable dans le monde antique et lourde de conséquences bien au-delà du Yémen. En 523, le roi juif Yusuf As'ar Yath'ar, plus connu sous le nom de Dhu Nuwas, massacra des chrétiens à Najran ; la mer Rouge répondit par une invasion éthiopienne depuis Aksoum. Quand l'ancien ordre s'effondra, il ne le fit pas en silence. La route menait désormais vers de nouvelles croyances, de nouveaux empires, et la longue mémoire d'un barrage dont la rupture finale hante la tradition arabe depuis des siècles.
Bilqis, qu'elle soit reine, souvenir ou mythe politique, demeure la femme la plus célèbre jamais attachée à Marib, parce que chaque époque a eu besoin d'elle pour une raison différente.
La tradition arabe a plus tard associé la brèche finale du barrage de Marib à une migration tribale si massive que des généalogies arabes entières furent réorganisées autour d'une seule inondation.
De l'Année de l'Éléphant à l'âge d'or de Zabid et Taiz
Imams, marchands et la République des savants, 525-1517
Une cathédrale s'éleva jadis à Sanaa sous le gouverneur éthiopien Abraha, qui dirigeait le Yémen après la chute d'Himyar et voulait faire de sa ville une rivale des hauts lieux sacrés d'Arabie. La tradition veut qu'il ait marché sur La Mecque avec des éléphants vers 570, lors de la fameuse Année de l'Éléphant. Que chaque détail relève de la légende importe presque peu. Le Yémen était devenu le théâtre sur lequel l'Afrique, l'Arabie et le vaste océan Indien débattaient de pouvoir, de piété et de prestige.
L'islam arriva tôt, sans effacer les habitudes locales d'autonomie. En 897, Yahya ibn al-Husayn, descendant du Prophète, quitta Médine pour les hautes terres du nord et fonda l'imamat zaydite. Cette institution, tantôt puissante, tantôt simplement tenace, allait façonner la politique de Sanaa et des tribus montagnardes pendant plus de mille ans. Peu de régimes dans le monde islamique survécurent si longtemps dans la mémoire collective, et encore moins à autant de querelles familiales.
Pendant ce temps, les plaines et les ports écrivaient une autre histoire. Zabid devint l'une des grandes capitales intellectuelles d'Arabie, une ville de juristes, de grammairiens et de mosquées où les étudiants venaient étudier le droit, la langue, l'astronomie et la théologie. Taiz prospéra sous les sultans rasoulides après 1229, et ce chapitre yéménite mérite bien plus de cérémonie qu'on ne lui en accorde d'habitude. Leur cour conservait des manuels d'agriculture et de médecine, entretenait des relations avec l'Inde et l'Égypte, et gouvernait Aden, ce port où épices, tissus, chevaux et nouvelles arrivaient ensemble.
Ce que l'on ignore souvent, c'est que les sultans rasoulides n'étaient pas de simples gestionnaires du commerce. Ils étaient des collectionneurs de météorologie, de récoltes, de remèdes, d'étiquette de cour et de signes célestes, comme si un royaume pouvait être préservé en consignant tout par écrit avant qu'il ne s'évanouisse. À Taiz, à Zabid, à Aden, le Yémen regardait à la fois vers la mer et vers ses terrasses cultivées et ses manuscrits. Puis la grande compétition pour la mer Rouge s'intensifia. Les Mamelouks, les dynastes régionaux, et bientôt les Ottomans allaient vouloir leur part de ce que le Yémen avait édifié.
Al-Malik al-Afdal al-Abbas, sultan rasoulide à Taiz, a laissé des ouvrages sur l'agriculture et la gouvernance qui révèlent un souverain aussi attentif aux pluies et aux arbres fruitiers qu'aux trônes.
Un texte rasoulide consigne les aliments saisonniers et le temps local avec un tel soin que les historiens modernes l'utilisent pour reconstituer le climat du Yémen au XIVe siècle.
Mokha, musc et un pays qui refusa de se laisser gouverner facilement
Ottomans, café et le long règne des imams, 1517-1918
Au XVIe siècle, le monde avait contracté une nouvelle addiction, et le Yémen en était la source. Le port de Mokha donna au café l'un de ses noms les plus célèbres, bien que la boisson elle-même ait été mise au point par la pratique soufie avant de devenir une habitude mondiale. Dans les entrepôts proches de la mer Rouge, les grains étaient triés, taxés, chargés et expédiés à l'étranger. L'Europe ferait plus tard du café un rituel métropolitain. Le Yémen en avait déjà fait un empire commercial.
Les Ottomans voulaient le Yémen pour la même raison que tous les empires : la route de la mer Rouge importait, et toute puissance tenant les hautes terres et la côte pouvait perturber le commerce entre la Méditerranée et l'océan Indien. Mais le Yémen n'est pas un pays qui se soumet en ligne droite. Les garnisons ottomanes pouvaient tenir les villes ; les montagnes obéissaient à une arithmétique différente. Les imams zaydites mobilisaient les alliances tribales, et la lutte devint l'un de ces épuisants conflits impériaux où chaque fort pris le mardi est perdu le vendredi.
En 1635, les imams qasimides chassèrent effectivement les Ottomans et bâtirent un État enrichi par le commerce du café. Des maisons-tours s'élevèrent à Sanaa, les villes marchandes prospérèrent, et les négociants portèrent les grains yéménites jusqu'au Caire et à Istanbul. Mais la prospérité portait en elle un défaut congénital. Une fois la culture du café répandue dans d'autres contrées, notamment dans les Indes néerlandaises, Mokha perdit son monopole et le Yémen perdit une partie de l'influence qui avait rendu les étrangers si attentifs.
Les Ottomans revinrent au XIXe siècle, car les empires ont la mémoire courte et la persistance excellente. Ils tinrent de nouveau Sanaa à partir de 1872, mais l'ancien schéma demeura : ports, fortins, négociations, rébellions. Ce que l'on ignore souvent, c'est que la politique yéménite de ces années était moins un affrontement net entre centre et province qu'un millier de compromis locaux, scellés par la lignée, l'érudition, la méfiance et parfois un mariage opportun. Quand l'Empire ottoman s'effondra après la Première Guerre mondiale, le Yémen n'émergea pas moderne au sens européen du terme. Il émergea armé de revendications plus anciennes.
Al-Mansur al-Qasim transforma la résistance en dynastie, usant de la légitimité zaydite et des alliances tribales pour bâtir la lignée qasimide qui profita de l'âge du café.
Les marchands européens buvaient leur « moka » à Londres et à Amsterdam tandis que la vraie richesse derrière ce mot dépendait de caravanes gravissant depuis le port les hautes terrasses yéménites.
Les imams tombent, le Sud se sépare, et le Yémen en paie le prix
Révolutions, républiques et un présent fracturé, 1918-présent
En 1918, les Ottomans défaits, l'imam Yahya proclama le Royaume Mutawakkilite du Yémen. Il gouverna depuis Sanaa avec l'autorité d'un prince de l'ancien monde : austère, méfiant, convaincu que l'isolement pouvait protéger la souveraineté. Il ne le pouvait pas. Son fils Ahmad hérita du trône en 1948 après l'assassinat de Yahya, et l'ère des radios, du nationalisme arabe et des officiers militaires frappait déjà à la porte.
La fracture décisive survint en 1962. Des officiers républicains à Sanaa renversèrent l'imam Muhammad al-Badr et proclamèrent la République arabe du Yémen, entraînant l'Égypte et l'Arabie saoudite dans une guerre par procuration brutale livrée dans les montagnes, les villages et les ravins. Royalistes et républicains déchirèrent le nord pendant huit ans. On imagine difficilement scène plus digne de Stéphane Bern : un jeune imam fuyant vers les hautes terres tandis que Le Caire envoie ses troupes et que les monarchies de la région prient en silence pour que la couronne survive. Elle ne survécut pas.
Le sud vivait une autre histoire. Aden, façonnée par l'Empire britannique depuis 1839, était devenue un port de raffinage, une rade stratégique et l'un des carrefours les plus animés de la mer d'Arabie. En 1967 les Britanniques se retirèrent, et la République démocratique populaire du Yémen émergea comme le seul État ouvertement marxiste du monde arabe. Pendant que le nord disputait imams, tribus et républiques, le sud construisait des structures partisanes, des organes de sécurité et un vocabulaire différent du pouvoir.
L'unification advint en 1990, avec Sanaa pour capitale et Aden portant encore les habitudes d'une ville portuaire qui avait trop vu le monde pour penser comme les montagnes. L'union était réelle et fragile. La guerre civile suivit en 1994 ; le Printemps arabe atteignit le Yémen en 2011 ; le président Ali Abdullah Saleh, qui avait jadis plaisanté que gouverner le Yémen ressemblait à danser sur la tête des serpents, tomba peu après. Depuis 2014 le mouvement houthi a saisi Sanaa, les puissances régionales sont intervenues, et des villes de Taiz à Aden, de Marib à Al Hudaydah, ont payé le prix en sièges, déplacements, famines et deuils. Le prochain chapitre, s'il vient, ne sera pas écrit par les palais seuls. Il dépendra de la capacité des Yéménites ordinaires à survivre aux hommes qui prétendent les gouverner.
Ali Abdullah Saleh comprenait l'équilibre tribal, le clientélisme militaire et la survie théâtrale mieux que presque quiconque en Arabie moderne, avant de mourir en 2017 après avoir tenté un retournement de trop.
L'Aden du XXe siècle était si connectée au commerce mondial que ses docks et ses raffineries semblaient souvent plus proches de Bombay et de Suez que de la politique des hautes terres de Sanaa.
The Cultural Soul
Un Salut qui Refuse de se Presser
Au Yémen, la parole ne se précipite pas vers l'information. Elle tourne, bénit, s'enquiert, se souvient de votre père, de votre sommeil, de votre santé, peut-être de votre grand-mère, et seulement alors vous accorde la petite monnaie vulgaire du sujet véritable. À Sanaa, cette séquence ressemble moins à une conversation mondaine qu'à une ablution cérémonielle : le langage purifie la transaction.
L'étranger entend l'arabe et pense grammaire. Le Yémen y ajoute l'altitude. L'arabe sanaa'ni résonne différemment de la côte autour d'Aden ; la parole hadramoute à Seyun porte une autre musique, plus sèche, plus intérieure, comme si le wadi lui-même avait pénétré dans la bouche. Puis les vieilles langues d'Arabie du Sud subsistent aux marges — le soqotri sur les îles autour de Hadibo, le mehri près de la frontière omanaise, survivant avec la dignité têtue des plantes qui poussent dans la pierre.
Certains mots refusent la traduction parce que traduire est un impôt sur le réel. Mafraj est appelé salle de réception par des gens qui n'y ont jamais siégé au coucher du soleil, pendant que les vitres de qamariyah teintent les murs d'abricot et de vert et que la ville en contrebas commence à paraître comestible. Magyal est rendu par rassemblement. Pauvre mot. Un magyal est un après-midi qui se transforme en pensée.
La Main, la Poitrine, la Pause
L'étiquette yéménite comprend quelque chose que de nombreuses sociétés modernes ont oublié : la forme n'est pas de l'hypocrisie. La forme est de la tendresse qui porte une architecture. Une poignée de main peut être légère, puis la main droite va vers la poitrine, et dans ce petit geste on voit toute la géométrie morale du lieu : le respect d'abord, soi-même ensuite, la sincérité rendue visible sans discours.
L'hospitalité ici peut embarrasser l'invité, tant elle est elle-même sans embarras. Le café arrive. Puis le thé. Puis les fruits, peut-être du pain, peut-être une question pour savoir si vous avez mangé — qui n'est pas une question du tout mais un outil diagnostique pour votre âme. Refuser une fois est ordinaire. Refuser deux fois commence à ressembler à une erreur philosophique.
La main droite fait le travail social. Elle salue, déchire le pain, reçoit les tasses, fait circuler les plats. Les chaussures s'enlèvent quand la maison le demande. Les portes ne séparent pas toujours le public du privé à l'européenne ; les seuils négocient la dignité à la place. À Taiz ou à Ibb, comme à Sanaa, la courtoisie est rarement minimaliste. Elle préfère l'abondance.
Mousse de Fenugrec et Théologie du Miel
Le Yémen mange comme si la bouche était une cour de justice où la fumée, l'acidité, la chaleur et la douceur présentent chacune leur cause avec une éloquence dévastatrice. Le saltah arrive dans un bol de pierre brûlant, encore en train de se murmurer des secrets, bouillon en dessous et fenugrec fouetté au-dessus, avec du sahawiq pimenté assez tranchant pour réveiller les morts ou du moins les indifférents. On déchire le mulawah et on puise depuis les bords vers le centre. La civilisation, en cet instant, c'est le pain qui se conduit bien.
Puis vient l'autre théologie : le miel. Non pas l'or anonyme des buffets de petit-déjeuner, mais le miel de sidr du Wadi Do'an, sombre et floral et presque offensant dans son sérieux, le genre de substance qui vous fait comprendre pourquoi une cuillère peut coûter ce que coûte ailleurs un repas convenable. Le bint al-sahn, feuilleté au beurre clarifié et noyé de miel, arrive chaud sur la table et ruine toutes les définitions timides du dessert.
La cuisine du Yémen révèle également ses routes maritimes sans aucune pudeur. À Aden, le zurbian fait entrer l'Inde dans la pièce à travers le riz, les épices et le parfum. À Mukalla et Al Hudaydah, le poisson entre dans le repas sans discours, parce qu'un littoral de cette longueur n'a pas besoin de se vanter. Un pays est une table dressée pour des étrangers, mais le Yémen vérifie d'abord si les étrangers savent manger.
Des Villes qui Ont Appris à Se Dresser Comme des Poèmes
Le Yémen construit en hauteur avec la confiance d'une culture qui comprend depuis longtemps que la terre, la défense, le climat et l'orgueil appartiennent à la même famille. Les maisons-tours de Sanaa s'élèvent en brique de terre et en dentelle de gypse blanc, étage après étage, non pas massives mais verticales, presque maniérées, comme si chaque façade avait reçu des leçons de calligraphie. De loin, la ville semble givrée. De près, elle semble argumentée.
Shibam accomplit un autre miracle. Des gratte-ciel de brique crue, de cinq à onze étages, debout dans le Hadramawt comme un démenti adressé à quiconque croit que les vieux matériaux ne peuvent pas penser en hauteur. La formule Manhattan du désert est utile et fausse. Manhattan sent l'acier et l'argent. Shibam sent la poussière, la chaleur, la mémoire, et la pluie redoutée à l'avance.
Ailleurs, les hauts plateaux transforment l'architecture en stratégie. Kawkaban domine la plaine avec la sérénité d'une forteresse qui sait que l'altitude est la moitié de la politique. À Zabid, la brique et l'érudition formèrent jadis une alliance ; à Marib, les ruines rappellent que la vanité de l'ingénierie peut survivre plus longtemps que les empires. L'architecture yéménite ne demande jamais à être qualifiée de pittoresque. Elle préfère nécessaire, et elle gagne.
La Prière dans l'Air Raréfié
La religion au Yémen n'est pas simplement une croyance organisée en doctrine. C'est le temps rendu audible. L'appel à la prière à Sanaa ne marque pas simplement une heure ; il change le poids de l'air, et la vieille ville, avec ses tours de brique et sa lumière de qamariyah, semble un instant aspirer comme un seul corps. Même le sceptique ressent le changement. Ce n'est pas de la conversion. C'est l'acoustique découvrant la métaphysique.
Le pays porte les couches de l'islam avec une franchise peu commune. La tradition zaydite a façonné les hauts plateaux du nord pendant plus de mille ans, conférant à la théologie une texture tribale et judiciaire différente des traditions sunnites des côtes et du sud. On le ressent moins dans le débat abstrait que dans l'habitude, le sermon, la cadence, et la façon dont l'autorité se vêt.
Et puis la religion rencontre le génie local pour l'hospitalité rituelle. Les bénédictions émaillent le discours quotidien. Inshallah peut signifier l'espoir, l'intention, le délai, la politesse ou le refus, selon le ton, le moment, et celui qui verse le thé. Les étrangers demandent souvent le sens littéral. Le sens littéral est le moins intéressant qui soit.
La Lumière Emprisonnée dans le Verre Coloré
L'art yéménite se cache souvent dans des objets qui refusent la vanité du musée. Une poignée de janbiyyah sculptée avec un soin épuisant. Des motifs de gypse blanc autour d'une fenêtre. Une porte dont la géométrie pourrait occuper un mathématicien tout au long du déjeuner. Dans les vieux quartiers de Sanaa et Zabid, l'ornement n'interrompt pas la vie ; il s'y accroche comme une seconde peau.
La qamariyah est peut-être la pièce d'art domestique la plus intelligente du pays. Du verre coloré serti dans des fenêtres en arc, certes, mais aussi une machine pour transformer la lumière en tempérament. Le matin donne une réponse, la fin de l'après-midi une autre. Restez assez longtemps dans une haute pièce et vous commencerez à comprendre que la couleur n'est pas ici une décoration. C'est la météo de l'âme.
Même l'utile aime la cérémonie. L'argenterie, les textiles, le bois sculpté, les paniers tressés des marchés de montagne près de Ibb — tout cela suggère une culture méfiante envers les surfaces vierges. Bon instinct. La blancheur est rarement l'innocence ; le plus souvent, c'est l'oubli. Le Yémen se souvient à travers le motif.