v. 2100 av. J.-C.-1238
Poteries peintes, cités môn et le long prélude
Une jarre funéraire apparaît d'abord. Spirales rouges, argile couleur sang séché, bracelets laissés aux poignets des morts à Ban Chiang, dans l'actuelle région d'Udon Thani. Bien avant qu'un roi ne se dise seigneur du Siam, on fondait déjà le bronze ici, on enterrait les siens avec soin, et l'on laissait aux archéologues l'un des indices les plus troublants de l'histoire : les tombes les plus anciennes contiennent des ornements, pas des armes.
Ce que l'on ignore souvent, c'est que l'histoire de la Thaïlande ne commence ni avec la langue thaïe ni avec Bangkok. Entre le VIe et le XIe siècle, des souverains de langue môn ont bâti le monde dvaravati sur les plaines centrales, remplissant les villes d'images bouddhiques theravada, de douves, de murailles et de roues de la loi en pierre. À Sri Thep, aujourd'hui classé à l'UNESCO, les ruines suggèrent encore un royaume qui préférait la dévotion au spectacle.
Puis l'ombre khmère s'est allongée depuis Angkor. Le rituel de cour, la royauté sacrée, l'urbanisme des temples et la grammaire du pouvoir ont glissé vers l'ouest à travers le bassin du Chao Phraya, tandis que des groupes de langue taï descendaient des hautes terres et des vallées-frontières, absorbant ce qu'ils trouvaient au lieu de l'effacer. Cela compte. La Thaïlande s'est assemblée de reprises, de mariages et d'opportunisme bien avant d'obéir à un seul trône.
Au moment où les premières principautés taïes émergent dans des lieux comme Sukhothai et les vallées du nord autour de Chiang Mai, la scène est déjà prête : bouddhisme môn, art d'État khmer, commerce fluvial et fidélités locales qu'aucun décret royal ne domptera jamais tout à fait. Les premiers grands royaumes thaïs ont davantage hérité qu'inventé. Et cet héritage a façonné toutes les dynasties suivantes.