Château De Vufflens

Morges, Suisse

Château De Vufflens

Un chef-d'œuvre bourguignon-gothique du XVe siècle, avec des tours lombardes en brique dominant les vignes du lac Léman — entièrement privé, impossible à ignorer depuis l'extérieur.

30-45 min
Gratuit (extérieur uniquement)
Printemps (avril-mai)

Introduction

Le bâtiment le plus italien de Suisse n'a jamais franchi les Alpes — il a été planté ici, brique après brique, avec une intention très claire, sur une terrasse viticole au-dessus du lac Léman. Le Château De Vufflens se dresse près de Morges, dans le canton de Vaud, avec sa tour ocre chaude et ses créneaux si profondément milanais que les visiteurs qui viennent pour la première fois cherchent du regard des oliviers plutôt que des vignes. C'est l'un des plus beaux exemples conservés d'architecture lombarde en brique au nord des Alpes, une énigme du XVe siècle qui reste une résidence privée — on l'admire depuis la route, sans jamais y entrer, ce qui ne fait qu'aiguiser l'imagination.

Le château se trouve dans la commune de Vufflens-le-Château, un village minuscule de quelques centaines d'habitants coincé entre Morges et Aubonne. Depuis la route du bord du lac, on voit d'abord le donjon : une tour carrée d'environ 60 mètres de haut — l'équivalent d'un immeuble de 20 étages — qui dépasse la ligne des arbres avec une assurance presque agressive dans ce paysage pourtant doux de vignes de Chasselas et de voiliers du dimanche. La brique le trahit tout de suite. Alors que presque tous les autres châteaux médiévaux de la région ont été bâtis en calcaire local ou en granit gris, Vufflens a choisi la brique cuite posée en motifs décoratifs, une technique importée directement des ateliers du nord de l'Italie.

La Suisse a classé le château comme bien culturel d'importance nationale, catégorie A — le niveau de protection le plus élevé — et le droit cantonal ajoute encore une couche de conservation. Mais comme il est habité sans interruption comme demeure privée depuis des siècles, il n'y a ni billetterie, ni audioguide, ni boutique. On découvre Vufflens depuis les ruelles du village et les chemins viticoles qui l'entourent, où le château s'impose sur le ciel avec l'autorité tranquille de ce qui a survécu à tous les pouvoirs qui ont prétendu le posséder.

Si vous visitez Morges et son Château de Morges au bord du lac, le court trajet en voiture ou à vélo vers l'ouest jusqu'à Vufflens-le-Château vous offre l'une des silhouettes les plus inattendues du paysage suisse — un morceau de Lombardie égaré dans les collines vaudoises, qui garde encore des secrets qu'il n'a jamais eu besoin de livrer.

À voir

Le grand donjon et la silhouette à cinq tours

Voici un aveu qu'aucune photo ne rend honnêtement : ce château est immense. Le donjon central s'élève à environ 36 mètres — plus haut qu'un immeuble de dix étages — et, depuis le village en contrebas, il suffit de lever la tête pour que cette masse de brique remplisse tout le champ de vision d'une manière qu'aucun grand angle n'a jamais vraiment su saisir. Construit entre 1415 et 1430 environ par Henri de Colombier, puissant conseiller du duc de Savoie, le Château De Vufflens est une rareté au nord des Alpes — un château bâti presque entièrement en brique rouge cuite, dans le style gothique lombard importé du duché de Milan. Quatre tours d'angle encadrent le donjon central, et l'ensemble compose une silhouette à cinq tours sans équivalent en Suisse. La brique elle-même constitue la première surprise : pressée à la main il y a six siècles, chaque pièce garde les empreintes et les légères déformations de l'artisan qui l'a façonnée, avec des variations de couleur dues à une cuisson irrégulière allant de la terre de Sienne brûlée à une terre cuite pâle sur une seule et même face. Sur ce rouge profond, les encadrements de calcaire blanc signalent chaque articulation structurelle — chaînages d'angle, encadrements de fenêtres, cordons — comme si le bâtisseur avait dessiné le squelette du bâtiment en deux couleurs. Le château appartient à des particuliers et reste généralement fermé au public, ce qui renforce encore l'effet produit depuis l'extérieur : vous regardez l'une des architectures médiévales les plus ambitieuses du pays, et elle fait partie du quotidien de quelqu'un.

Le décor de brique lombard

La plupart des visiteurs prennent une photo depuis la route puis repartent. Arrêtez-vous plutôt au pied de la tour la plus proche et regardez de près. Une série d'arcatures aveugles court sur les parties hautes des murs — de petits arcs décoratifs creusés dans la surface de brique — et leur origine n'est pas suisse mais lombarde, celle des églises et des palais situés 200 kilomètres plus au sud. Comptez-les en longeant le périmètre : le rythme change d'une face à l'autre, comme si le maître maçon composait des variations sur un même motif. Plus haut, les tables de corbeaux — rangées de petites consoles de pierre soutenant le parapet — projettent une ligne d'ombre très nette qui se déplace au fil du jour, plus tranchée et plus théâtrale encore dans la lumière basse de l'après-midi. Cherchez les fenêtres gothiques jumelées (bifores) dans les ailes résidentielles : deux arcs en lancette sous un même arc de décharge, signe distinctif de l'architecture domestique savoyarde de haut rang reliant directement cette colline vaudoise aux cours de Turin et de Milan. La logique rouge et blanc n'est pas un simple effet décoratif — c'est une déclaration politique. Henri de Colombier annonçait, en brique et en calcaire, que son horizon culturel dépassait largement le vernaculaire local de pierre et de bois. Six cents ans plus tard, le message se lit encore sans effort.

La promenade dans les vignes : château, vignes et lac Léman

À Vufflens, la vraie récompense n'est pas un monument isolé mais une boucle de 30 minutes que la plupart des gens ne font jamais. Depuis la place du village, suivez les chemins viticoles vers l'est en montant légèrement jusqu'à être à hauteur des murs supérieurs du château. Tournez vers le sud. D'un coup, toute l'étendue du lac Léman s'ouvre devant vous — le même panorama qu'Henri de Colombier observait depuis son donjon, la vue qui rendait ce promontoire digne d'être fortifié. Par temps clair, le mont Blanc flotte au-dessus de la rive savoyarde comme une rumeur d'altitude. En automne, pendant les vendanges, l'air sent le Chasselas en fermentation et la terre retournée, tandis que les rangs de vigne flambent d'or devant la brique rouge derrière vous — une combinaison de couleurs si vaudoise qu'elle pourrait servir de drapeau officieux au canton. En hiver, les ceps nus révèlent toute la masse architecturale du château sur fond de ciel gris ; c'est la meilleure saison pour en comprendre l'échelle sans l'écran du feuillage. Le domaine alentour fonctionne toujours comme une propriété viticole active, et la ville voisine de Morges — à dix minutes en voiture, avec son propre château au bord du lac — compose un bel après-midi à deux temps. Mais restez ici d'abord. Le silence fait partie du lieu : pas d'audioguide, pas de file d'attente, seulement des oiseaux, le vent dans les vignes et six siècles de brique qui prennent la lumière.

À repérer

Depuis les chemins viticoles à l'ouest du village, regardez les mâchicoulis sur corbeaux qui couronnent les tours d'angle polygonales — ces consoles de pierre saillantes qui permettaient autrefois aux défenseurs de jeter des pierres sur les assaillants en contrebas. Sur un château de cette taille, ils sont exceptionnellement bien conservés et visibles même depuis la route, un exemple d'école de l'ingénierie militaire gothique tardive que l'on voit rarement dans un état aussi intact hors de France.

Informations pratiques

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Comment y aller

Depuis la gare de Morges, comptez 5 km en voiture ou 15 minutes à vélo par les routes viticoles jusqu'à Vufflens-le-Château. En voiture depuis Lausanne, prenez l'autoroute A1 en direction de Genève et sortez à Morges-Ouest — le village est indiqué dès la sortie. Vérifiez bien votre GPS : il vous faut Vufflens-le-Château, pas Vufflens-la-Ville, qui est un endroit tout à fait différent à 10 km de là et la cause d'innombrables détours inutiles.

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Horaires d'ouverture

En 2026, le Château De Vufflens est une résidence privée et n'est pas ouvert au public — pas de billetterie, pas de centre d'accueil, pas d'horaires affichés. L'extérieur reste visible toute l'année depuis les routes publiques et les chemins viticoles qui traversent le village. Ne montez pas l'allée du château en voiture ; on vous fera demi-tour.

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Temps nécessaire

Une promenade tranquille dans le village et le long des chemins viticoles pour admirer le château sous ses meilleurs angles prend 30 à 45 minutes. Combinez-la avec une demi-journée sur la route des vins de La Côte, entre Féchy, Vinzel et Aubonne, et vous tenez là l'une des plus belles boucles de l'après-midi dans le canton de Vaud.

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Accessibilité

La route publique qui traverse Vufflens-le-Château est goudronnée et praticable en fauteuil roulant, avec des vues dégagées sur les tours du château. En revanche, les chemins viticoles qui offrent les meilleurs panoramas ne sont pas revêtus, souvent raides, et boueux après la pluie — pas adaptés au fauteuil roulant.

Conseils aux visiteurs

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Meilleurs angles photo

Les vues les plus saisissantes s'obtiennent depuis les chemins viticoles au sud et à l'ouest du village, là où la silhouette entière du château — donjon carré, quatre tours polygonales et une énorme tour ronde — se détache au-dessus des vignes avec le lac Léman en arrière-plan. La lumière du petit matin, venue de l'est, frappe parfaitement la façade principale.

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Drones interdits

Les règles suisses de l'aviation (OFAC/BAZL) interdisent les vols de drone au-dessus des bâtiments privés habités sans l'autorisation explicite du propriétaire. Comme le château est une résidence privée, faire voler un drone à proximité est à la fois illégal et une excellente façon de se faire des ennemis dans un village de 750 habitants.

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Boire avec la vue

Le château se trouve au cœur de l'AOC La Côte, l'une des plus belles terres de Chasselas du canton de Vaud. Pendant le week-end annuel des Caves Ouvertes en mai, les domaines voisins ouvrent leurs caves — vous pourrez goûter des blancs minéraux et peu alcoolisés pendant que les tours du château dominent les vignes. Contactez le domaine à l'avance si vous voulez acheter ses bouteilles sous étiquette propre ; ne partez pas du principe qu'une dégustation sans rendez-vous sera possible.

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Manger à Féchy

Il n'y a ni café, ni restaurant, ni boutique à Vufflens-le-Château même — rien du tout. Filez 5 km vers l'ouest jusqu'à l'Auberge communale de Féchy pour une cuisine d'auberge de village accompagnée du Chasselas du domaine (25 à 45 CHF), ou descendez vers Morges pour des filets de perche meunière sur la promenade du lac.

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Venir en mai

La meilleure période va de la fin avril à mai : les vignes sont d'un vert vif, la fête de la tulipe de Morges attire du monde sur le front de lac à 5 km, et le week-end des Caves Ouvertes transforme toute La Côte en bar à vin à ciel ouvert. Arrivez tôt en semaine pour avoir les chemins viticoles pour vous seul.

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À combiner avec Morges

Associez Vufflens au Château de Morges — un château au bord du lac qui, lui, vous laisse entrer. Le contraste saute aux yeux : Morges est une forteresse carrée savoyarde, solide et pensée pour la défense, tandis que Vufflens est une démonstration lombardo-gothique conçue pour impressionner. À eux deux, ils racontent toute l'histoire du Vaud médiéval.

Où manger

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Ne partez pas sans goûter

Papet vaudois (poireaux, pommes de terre et saucisse au chou) Filets de perche meunière (perche du lac Léman au beurre noisette) Féra du lac (omble du lac Léman, simplement grillé ou poêlé) Fondue vaudoise (mélange de Gruyère et de Vacherin Fribourgeois) Raclette avec cornichons et pommes de terre bouillies Vin blanc de Chasselas (appellations La Côte et Morges) Gâteau du Vully (tarte à la crème des collines voisines du Vully)

Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier

gastronomique
Haute cuisine française €€€€ star 4.9 directions_walk 10 min en voiture

Commander : Le menu dégustation de saison — la progression en plusieurs services imaginée par Benoît Viret autour des meilleurs produits locaux et français justifie à elle seule le déplacement.

L'une des grandes institutions suisses triplement étoilées, cette adresse légendaire près de Morges attire les amateurs de gastronomie depuis l'époque de Frédy Girardet. Désormais sous la houlette de Benoît Viret, elle reste le sommet de la haute cuisine française dans le canton de Vaud.

schedule

Heures d'ouverture

Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier

mar.–sam. midi et soir, fermé dim.–lun.
language Web

Auberge de la Couronne

favori local
Cuisine traditionnelle suisse €€ directions_walk 5 min à pied

Commander : Le papet vaudois — le fondant de poireaux et pommes de terre avec saucisse au chou, soit l'âme de la cuisine vaudoise dans sa version la plus réconfortante.

L'auberge villageoise suisse par excellence, à distance de marche des murs du château, où les vignerons de La Côte s'arrêtent pour déjeuner. Une cuisine franche, sans prétention, avec une solide carte des vins locaux qui met les vignobles alentour au premier plan.

Café-Restaurant du Port

favori local
Brasserie suisse / poissons du lac €€ directions_walk 12 min en voiture

Commander : Les filets de perche meunière — des filets de perche du lac Léman légèrement farinés puis poêlés au beurre, servis avec des frites et un verre bien frais de Chasselas local.

Le bord du lac à Morges est la bonne adresse pour le plat emblématique de la région. Cette table décontractée au bord du port sert des perches du lac parfaitement exécutées avec vue sur le lac Léman et les Alpes — une combinaison dont on ne se lasse pas.

Cave de la Couronne — Domaine local

sur le pouce
Bar à vin / en-cas directions_walk 10 min à pied

Commander : Un verre de Chasselas du domaine avec de la charcuterie locale et un fromage à pâte dure du Vaud — la manière la plus simple et la plus honnête de manger dans ce coin de Suisse.

La route des vins de La Côte traverse directement Vufflens, et plusieurs domaines ouvrent leur cave pour des dégustations accompagnées de petits en-cas. Arrêtez-vous dans n'importe quelle propriété qui affiche le drapeau d'ouverture — c'est l'un des plaisirs les moins chers et les plus justes de cette partie du Vaud.

schedule

Heures d'ouverture

Cave de la Couronne — Domaine local

Week-ends et après-midis d'été
info

Conseils restauration

  • check La Suisse coûte cher — comptez CHF 20–30 pour un déjeuner simple et CHF 150+ par personne sans le vin dans les grandes tables.
  • check Le service est inclus partout ; laissez l'addition arrondie ou 5–10 % si le service a vraiment été excellent.
  • check Les cartes sont largement acceptées, mais gardez des francs suisses pour les dégustations dans les caves du village et les stands à la ferme.
  • check Réservez l'Hôtel de Ville de Crissier des semaines, voire des mois à l'avance — les places partent vite.
  • check Le menu du jour au déjeuner offre de loin le meilleur rapport qualité-prix : deux plats pour CHF 18–28 dans la plupart des restaurants.
  • check Horaires traditionnels des repas : déjeuner 12:00–14:00, dîner 19:00–21:30 — les cuisines ferment sans traîner.
  • check Avec un poisson du lac, demandez un Chasselas local — c'est l'accord canonique et il est presque toujours proposé au verre.
Quartiers gastronomiques : Village de Vufflens-le-Château — auberges de campagne et dégustations en cave à distance de marche du château Front de lac de Morges (Quai du Port) — restaurants de perche et brasseries le long de la promenade au bord de l'eau Crissier — à 10 minutes vers l'est, où se trouve l'Hôtel de Ville de Crissier, la destination gastronomique la plus célèbre de Suisse Route des vins de La Côte — la route viticole reliant Morges à Nyon est bordée de domaines ouverts pour des dégustations et des en-cas simples

Données restaurants fournies par Google

Contexte historique

Un rêve lombard sur un sol emprunté

Le nom même du village garde un léger écho romain : Vufflens dérive très probablement d'un nom de personne gallo-romain, ce qui suggère la présence d'un domaine agricole sur cette terrasse bien avant l'idée d'y bâtir une fortification. Au XIIe siècle, une famille noble se faisant appeler « de Vufflens » détenait la seigneurie, même si la construction qu'elle occupait alors — sans doute une simple maison-tour ou une motte — n'a laissé aucune trace dans le château que l'on voit aujourd'hui. L'histoire de la forteresse actuelle commence vers 1415, lorsqu'un noble vaudois nommé Henri de Colombier se lança dans ce que personne n'avait tenté dans la région : un château de grande ampleur bâti non en pierre locale mais en brique cuite, dans le langage architectural du duché de Milan.

Ce choix n'avait rien d'un caprice. Le début du XVe siècle marque l'apogée de la puissance des Visconti à Milan, et leurs palais fortifiés — Pavie, les prédécesseurs du Castello Sforzesco — fixaient la mesure de l'ambition aristocratique dans tout l'ouest alpin. Qu'un seigneur vaudois ait choisi ce style en dit long sur le centre de gravité culturel qu'il regardait. Ni Berne, ni la couronne de France, mais le sud, au-delà des cols, vers un duché qui était alors l'État le plus riche et le plus audacieux d'Europe sur le plan architectural.

Henri de Colombier et les maçons venus de Milan

Henri de Colombier n'était pas seulement riche — il était exposé politiquement. Vassal actif dans les marges disputées entre les sphères d'influence savoyarde et bernoise, il devait afficher une force qu'il ne possédait pas toujours. Les indices suggèrent qu'autour de 1415, il commença à recruter des maîtres maçons de Lombardie, spécialistes des techniques de construction en brique qui redessinaient alors l'horizon de Milan. L'entreprise était énorme : chaque brique devait être cuite sur place ou transportée par voie terrestre, et les bandeaux décoratifs ainsi que les corniches sur corbeaux exigeaient des artisans capables de manier un vocabulaire esthétique presque inconnu dans le Pays de Vaud.

Ce qui se jouait pour Henri relevait ni plus ni moins de la survie dynastique déguisée en architecture. Le donjon qu'il fit élever — montant à une hauteur qui écrasait toutes les autres fortifications privées de la région — était une déclaration lisible depuis le lac, depuis la route, depuis toute colline située à une journée de cheval. Selon la tradition, le chantier dura jusqu'aux environs de 1430, engloutissant près de quinze ans et une fortune dont on ignore le montant. Henri de Colombier ne vivrait pas assez longtemps pour voir le paysage politique qu'il tentait de maîtriser devenir sans objet : moins d'un siècle plus tard, Berne avalerait tout le Vaud.

Le tournant survint en 1536, lorsque les troupes bernoises traversèrent le Pays de Vaud et mirent fin à la souveraineté savoyarde en quelques semaines. Vufflens changea de mains sans siège — sa fonction militaire était déjà anachronique. Sous la domination bernoise, le château survécut comme résidence noble plutôt que comme garnison, et c'est peut-être précisément ce qui l'a sauvé. Les forteresses restées stratégiquement utiles furent assiégées, endommagées, reconstruites, modernisées jusqu'à perdre leur visage d'origine. Vufflens, rendu discrètement inutile, fut laissé tranquille — et cette négligence devint sa préservation.

La brique qui n'est pas d'ici

Faites le tour de n'importe quel autre château vaudois — Morges, Rolle, Aigle — et vous trouverez du calcaire, du granite, de la maçonnerie de moellons. Vufflens se distingue parce que sa brique lombarde fut une importation délibérée, non une évolution locale. Les arcatures aveugles décoratives de la tour, les motifs en arête de poisson des courtines et les mâchicoulis sur corbeaux renvoient tous à des traditions d'atelier enracinées dans la vallée du Pô. La plupart des spécialistes y voient le résultat du recrutement direct d'artisans italiens par Henri de Colombier, même si aucun contrat ni registre de paiement mentionnant des maçons précis n'a été retrouvé. Le résultat a quelque chose de déplacé — comme si l'on avait soulevé un angle du Castello Visconteo de Pavie pour le poser au milieu des vignes de Chasselas.

Six siècles entre mains privées

Après l'effacement de la lignée des Colombier, le château passa entre les mains d'une succession de familles nobles vaudoises — les Bentinks, les Senarclens, entre autres — qui y laissèrent des traces discrètes sans jamais altérer la silhouette médiévale. Quand les armées de Napoléon mirent fin à l'ancien ordre bernois en 1798 et que le canton de Vaud gagna son indépendance, Vufflens entra sans heurt dans la nouvelle époque républicaine comme propriété privée. Il est resté depuis une résidence familiale, ce qui en fait l'un des rares châteaux suisses à n'avoir jamais été transformé en musée, en hôtel ou en bureau cantonal. Cet usage domestique ininterrompu explique à la fois son excellent état de conservation et son inaccessibilité : les mêmes murs qui tenaient autrefois les ennemis à distance tiennent aujourd'hui les touristes dehors.

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Questions fréquentes

Peut-on visiter l’intérieur du Château de Vufflens ? add

Non — le Château de Vufflens est une résidence privée et n’est pas ouvert au public. Vous ne trouverez ni billetterie, ni horaires affichés, ni centre d’accueil. Vous pouvez librement admirer l’extérieur depuis la route publique qui traverse le village de Vufflens-le-Château et depuis les chemins viticoles autour du château. À de rares occasions, le château peut ouvrir pendant les Journées européennes du patrimoine en septembre, mais la participation varie d’une année à l’autre — consultez le site de Patrimoine Suisse chaque automne.

Le Château de Vufflens vaut-il la visite ? add

Oui, même sans entrer. C’est l’un des châteaux médiévaux les plus saisissants de Suisse : une silhouette à cinq tours de brique rouge lombarde surgissant au-dessus des vignobles du Léman, sans véritable équivalent au nord des Alpes. L’expérience tient surtout à la promenade dans le village et entre les rangs de vigne, où l’échelle du château vous frappe de plein fouet : le donjon central s’élève à environ 36 mètres, soit la hauteur d’un immeuble de douze étages, bien au-dessus des basses maisons villageoises en pierre. Ajoutez-y une dégustation de Chasselas dans un domaine viticole voisin de La Côte, et vous tenez l’une des plus belles demi-journées du canton de Vaud.

Comment aller au Château de Vufflens depuis Morges ? add

Vufflens-le-Château se trouve à environ 5 km au nord-ouest de Morges, à 10 minutes en voiture par la Route de Vufflens. Aucun train direct ne dessert le village, mais vous pouvez venir à vélo depuis Morges par les routes des vignobles en environ 20 minutes — une montée douce et agréable à travers l’un des plus beaux paysages viticoles du canton de Vaud. Veillez à ne pas confondre votre destination avec Vufflens-la-Ville, un autre village situé à environ 10 km, que certains GPS mélangent parfois.

Quel est le meilleur moment pour visiter le Château de Vufflens ? add

L’automne — plus précisément de la fin septembre à la mi-octobre — est la meilleure période. Les feuilles de vigne virent à l’or et à l’ambre pendant la vendange, créant une palette de feuillage doré, de brique rouge et de lac bleu qui résume le paysage vaudois. Tôt le matin, la lumière est la plus belle, le soleil venant de l’est éclairant la façade principale de la tour. Le printemps arrive juste derrière, quand les jeunes vignes d’un vert vif tranchent sur les murs rouges. En hiver, les ceps dépouillés et la neige occasionnelle sur les tours donnent les images d’architecture les plus nettes.

Pourquoi le Château de Vufflens est-il construit en brique rouge ? add

Parce que son commanditaire, Henri de Colombier, formulait une déclaration politique et culturelle vers 1415–1430. Conseiller du duc de Savoie, dont la cour regardait vers l’Italie du Nord, il fit venir des maîtres bâtisseurs lombards qui travaillaient la brique cuite plutôt que le calcaire local utilisé par presque tous les autres châteaux suisses. Le résultat est presque unique en Suisse : de la brique rouge façonnée à la main, soulignée de chaînages en calcaire blanc qui marquent chaque joint structurel, décorée d’arcatures aveugles et de tourelles en encorbellement tout droit sorties du vocabulaire architectural milanais. De près, vous voyez encore les traces de doigts imprimées dans la surface des briques il y a six siècles.

Combien de temps faut-il prévoir au Château de Vufflens ? add

Comptez environ 30 à 45 minutes pour voir l’extérieur du château et parcourir le village, ou une demi-journée entière si vous ajoutez les vignobles alentour et une dégustation. Comme on ne peut pas entrer dans le château, la visite prend la forme d’une boucle dans les rues du village et sur les chemins viticoles, qui offrent des angles variés sur sa silhouette à cinq tours. Le mieux est d’en faire une étape de la route des vins de La Côte, avec des dégustations à Féchy, Vinzel ou Aubonne, puis un déjeuner au bord du lac à Morges.

Peut-on visiter gratuitement le Château de Vufflens ? add

Oui — admirer l’extérieur du château ne coûte rien. Les routes publiques qui traversent le village de Vufflens-le-Château et les sentiers viticoles autour du promontoire sont librement accessibles toute l’année. Il n’y a pas de droit d’entrée puisqu’il n’existe pas d’entrée publique ; le château est une demeure privée. Les seuls frais possibles sont l’achat de vin si vous contactez le domaine viticole, ou le stationnement à Morges si vous venez en voiture.

Que ne faut-il pas manquer au Château de Vufflens ? add

Trois choses échappent à la plupart des visiteurs. D’abord, approchez-vous assez pour examiner la surface des briques — de loin, cela ressemble à n’importe quel bâtiment rouge ; à portée de main, vous voyez les irrégularités du façonnage manuel vieux de 600 ans, les bandes de couleur dues à une cuisson inégale au four et le mortier de chaux d’origine patiné en gris crème. Ensuite, suivez du regard les chaînages de calcaire blanc : ils dessinent toute la logique structurelle du bâtiment comme un dessin d’architecte à deux couleurs. Enfin, tournez le dos au château depuis les chemins de vigne et regardez vers le sud — le panorama complet sur le Léman jusqu’au Mont-Blanc est la vue même qui a poussé Henri de Colombier à choisir ce promontoire précis en 1415.

Sources

Dernière révision :

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