L'identité de Gujrat est forgée par l'industrie et la foi. Elle est connue nationalement comme la « Ville des Ventilateurs », produisant plus de la moitié des ventilateurs électriques du Pakistan dans des ateliers où flottent des odeurs de métal chaud et de laque. Pourtant, cette énergie commerciale est ancrée par la profonde gravité spirituelle du Shah Daula Darbar, le sanctuaire d'un saint soufi du XVIIe siècle dont le festival annuel Urs attire des milliers de personnes dans un vortex de prières, de musique et de mémoire collective. Le caractère de la ville est profondément pendjabi, façonné par les communautés Awan, Gujjar et Jat, pourtant son langage est étonnamment ponctué d'anglais, héritage de l'énorme diaspora au Royaume-Uni dont l'influence est gravée dans l'architecture même des villages environnants.
Se promener à Gujrat, c'est retracer des couches de continuité. La Grand Trunk Road, cette ancienne artère des empires, transporte toujours des camions artistiquement peints devant la gare coloniale en briques rouges. Dans la vieille ville, les fantômes des temples hindous et des gurdwaras sikhs d'avant la Partition subsistent dans les façades de bâtiments désormais affectés à d'autres usages. Ce n'est pas une ville qui crie son histoire ; elle la murmure à travers les copeaux de bois complexes d'un atelier de meubles, à travers l'écho frais d'un ghat sur la Chenab au crépuscule, et à travers l'habileté politique de la puissante famille Chaudhry, dont l'influence depuis ce district atteint les plus hautes fonctions à Islamabad.