Période hellénistique
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v. 305 av. J.-C.
Séleucie s’élève de l’autre côté du fleuve
Des généraux macédoniens bâtissent Séleucie-du-Tigre juste en face de l’actuelle Bagdad, créant une métropole de 600,000 habitants. Cette ville au plan en damier devient le cœur commercial de la région ; son agora résonne de grec, de perse et d’araméen. Pendant les 450 années qui suivent, ce géant urbain projette son ombre sur le modeste village qui deviendra Bagdad.
Âge d’or abbasside
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762 apr. J.-C.
Al-Mansur trace le cercle parfait
Le 30 juillet, le calife al-Mansur fonde Madinat al-Salam, la « ville de la paix » parfaitement ronde. 100,000 ouvriers passent quatre ans à construire 2.4 kilomètres de doubles murailles, quatre portes et un palais central éclatant d’or. Ce chantier de 4.8 millions de dirhams transforme un village assoupi en plus grande ville du monde hors de Chine.
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v. 780
Al-Khwarizmi invente l’algèbre
Dans la Maison de la sagesse, Muhammad ibn Musa al-Khwarizmi rédige « Le Livre abrégé sur le calcul par la restauration et la comparaison », offrant aux mathématiques leur outil le plus puissant. Sa méthode systématique pour résoudre les équations devient l’algorithme qui fait encore tourner notre âge numérique. Les savants de Bagdad ne se contentent pas de traduire les textes grecs : ils inventent des sciences nouvelles.
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786 apr. J.-C.
La Bagdad de Haroun al-Rachid éblouit
Quand Haroun al-Rachid monte sur le trône, Bagdad atteint un million d’habitants. Les 600 hammams de la ville fument à l’eau de rose, ses marchés débordent de soie chinoise et d’ivoire africain, et ses rues brillent sous les lampes à huile — une nouveauté qui garde la ville éveillée bien après le coucher du soleil. C’est la Bagdad des Mille et Une Nuits, celle où le calife marche incognito parmi ses sujets.
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v. 830
La Maison de la sagesse ouvre ses portes
Le calife al-Ma'mun transforme Bagdad en capitale mondiale du savoir, en payant les traducteurs au poids de l’or pour convertir des textes grecs, persans et sanskrits. La bibliothèque circulaire contient tant de livres que, lorsque le Tigre déborde, les ouvriers s’en servent comme sacs de sable. C’est ici qu’al-Kindi fait progresser la cryptographie tandis que des astronomes calculent la circonférence de la Terre avec une précision de 99%.
Période mongole
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Février 1258
Les Mongols noircissent le Tigre
Les 150,000 Mongols de Hülagü Khan percent les murailles de Bagdad après un siège de 12 jours. Ils massacrent entre 200,000 et 800,000 habitants, piétinent le dernier calife abbasside enveloppé dans un tapis et jettent tant de livres dans le Tigre que le fleuve devient noir d’encre, puis rouge de sang. La Maison de la sagesse brûle pendant sept jours. Bagdad ne s’en remettra jamais tout à fait.
Période ottomane
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Novembre 1534
Soliman le Magnifique entre dans Bagdad
Les canons ottomans réduisent la dernière résistance safavide au silence et placent Bagdad sous l’autorité d’Istanbul pour 280 ans. Le sultan Soliman se rend au tombeau d’Abu Hanifa et restaure les sites sunnites endommagés sous la domination chiite safavide. La ville devient un poste de frontière, sa population retombe à 50,000 habitants, mais elle gagne des bains ottomans, des cafés et une nouvelle grande mosquée du vendredi.
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1831
Crue et réformes balaient la ville
Le Tigre sort de son lit et détruit la moitié des maisons en brique crue de Bagdad la même année où le réformateur ottoman Ali Ridha Pacha arrive pour écraser les gouverneurs mamelouks autonomes. Les eaux emportent des siècles d’histoire accumulée, tandis que le nouveau gouverneur introduit la première presse d’imprimerie et le premier journal de la ville, tirant Bagdad dans l’âge moderne.
Mandat britannique
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11 mars 1917
Les troupes britanniques entrent en ville
L’armée indienne du général Maude entre dans Bagdad après que 13,000 soldats britanniques ont péri en tentant la même opération deux ans plus tôt. Le gouverneur ottoman s’enfuit par bateau, laissant les 145,000 habitants regarder des soldats en kaki prendre possession de leurs rues. La célèbre proclamation de Maude promet une libération, non une conquête — des mots qui hanteront les deux empires pendant un siècle.
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23 août 1921
Fayçal est couronné dans le palais du désert
Dans le palais omeyyade dominant le Tigre, des responsables britanniques posent une couronne sur la tête de Fayçal ben Hussein, créant l’Irak à partir de trois provinces ottomanes. Le roi hachémite parle mal l’arabe et règne sur une ville où sunnites, chiites, Kurdes et Juifs se regardent avec méfiance. Bagdad devient une capitale en quête de nation.
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1932
Le musée de Gertrude Bell ouvre ses portes
La femme qui a tracé les frontières de l’Irak à la plume ouvre le Musée d’Irak dans un ancien palais ottoman. Bell catalogue elle-même 3,000 objets couvrant 7,000 ans, du Standard d’Ur vieux de 5,000 ans aux tablettes portant les premiers mots écrits de l’humanité. Elle meurt quatre ans plus tard et est enterrée dans le cimetière britannique de Bagdad ; son musée devient le joyau culturel de la ville.
Ère républicaine
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14 juillet 1958
Révolution dans la cour du palais
À l’aube, des chars défoncent les portes du palais. Des soldats traînent le roi Fayçal II, âgé de 23 ans, dans la cour et l’abattent, mettant fin à 37 ans de règne hachémite. Le corps du jeune roi rejoint celui de son oncle dans la rue, tandis que le premier ministre Nouri al-Saïd, surpris en fuite déguisé en femme, est tué le lendemain. Bagdad, qui compte désormais 550,000 habitants, se réveille avec une république proclamée par les haut-parleurs de la radio.
Ère baasiste
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16 juillet 1979
Saddam purge la révolution
Lors d’une réunion télévisée du parti Baas, Saddam Hussein lit des noms sur une liste. Chaque responsable nommé est emmené vers son exécution sous l’œil des caméras. En quelques jours, 500 membres du parti sont éliminés. Le président de 42 ans, originaire de Tikrit, transforme Bagdad en scène pour son culte de la personnalité, dressant des arcs de triomphe à épées croisées et d’immenses portraits au-dessus de chaque rue.
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1983
Le Monument aux martyrs fend le ciel
Le sculpteur Ismail Fatah Al-Turk achève le repère le plus saisissant de Bagdad : deux demi-coupoles turquoise de 40 mètres, symbolisant les casques des soldats tombés. Le monument devient un passage obligé pour les dignitaires étrangers, tenus d’y déposer des gerbes sous le regard de la sécurité de Saddam. Pendant la guerre Iran-Irak, il passe du mémorial à l’outil de propagande, son bassin reflétant à la fois le deuil et la gloire.
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13 février 1991
L’abri devenu tombeau
À 4:30 du matin, des bombes américaines percent l’abri civil d’Amiriyah et tuent 408 personnes — dont la moitié sont des enfants venus se réfugier des raids aériens. Les murs de béton, conçus pour résister aux bombes classiques, amplifient au contraire la chaleur jusqu’à 900 degrés. Bagdad se réveille en trouvant les parois de l’abri encore chaudes, avec les empreintes brûlées des morts visibles dans la lumière du matin.
Période de l’occupation
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9 avril 2003
La statue du dictateur tombe
Sur la place Firdos, un char américain passe une chaîne autour de la statue de bronze de Saddam, haute de 12 mètres. Lorsqu’elle bascule en direct devant les télévisions du monde entier, des Irakiens dansent sur le métal tordu. Mais le vrai pillage commence quelques heures plus tard : 15,000 objets disparaissent du Musée d’Irak pendant que les Marines américains gardent le ministère du Pétrole. Les 5 millions d’habitants de Bagdad avancent alors entre libération et chaos.
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5 mars 2007
Les bombes font taire les libraires
Une voiture piégée explose sur la rue Al-Mutanabbi à 11:40, tuant 26 personnes et détruisant le marché du livre en plein air installé chaque vendredi depuis les années 1930. L’explosion dévaste le café Shabandar, où des générations de poètes débattaient de vers et de politique. Quelques mois plus tard, les libraires rouvrent leurs étals au milieu des gravats, preuve que le cœur intellectuel de Bagdad bat encore.
Ère post-occupation
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3 juillet 2016
Les courses du ramadan tournent au carnage
Un camion frigorifique chargé d’explosifs détonne dans le quartier commerçant de Karrada, tuant 325 personnes pendant les festivités du ramadan. L’explosion est si puissante qu’elle vaporise un centre commercial, ne laissant qu’un cratère bientôt rempli par l’eau des conduites rompues. Bagdad subit alors son attaque la plus meurtrière depuis 2003, dans une ville déjà engourdie par la violence.
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Octobre 2019
La place Tahrir devient une révolution
Des centaines de milliers de personnes occupent la place Tahrir et la transforment en ville miniature de tentes, de cuisines gratuites et de cercles de discussion. Les manifestants investissent la tour abandonnée du Turkish Restaurant et s’en servent de quartier général face aux tireurs d’élite du gouvernement. En novembre, les forces de sécurité ont déjà tué plus de 600 manifestants, mais l’occupation continue — la jeunesse de Bagdad découvre qu’elle peut reprendre l’avenir de sa ville.