Le caractère de la ville tient à ses frontières. Au nord, la rivière Mechi marque la lisière de l'Inde ; on la franchit, et vous êtes au Népal. Ce point de rencontre à trois crée un carrefour culturel où langues, épices et étoffes se mêlent sur les étals du marché le long de la route nationale 327. La légende locale, racontée avec un haussement d'épaules et un sourire, veut que le nom de Thakurganj vienne de Bhima dans le Mahabharata, qui aurait travaillé ici comme cuisinier pendant l'exil des Pandavas. Qu'on y croie ou non, l'histoire ancre le lieu dans un passé ancien, à hauteur d'homme.
Thakurganj ouvre la porte du seul district producteur de thé du Bihar. Les domaines autour de Belwa, à quelques minutes de route vers le sud, déroulent des vagues d'un vert profond qu'on croirait transplantées de Darjeeling. Les femmes avancent entre les rangs avec leurs paniers d'osier, cueillant les feuilles d'un geste sec, précis, répété mille fois. L'odeur est verte, humide. On peut parcourir ces plantations chaque jour de huit heures à cinq heures et voir commencer, au ralenti, toute l'alchimie du thé.