Les deux villes se partagent selon une ligne de fracture assez nette. Mira Road, au sud, est dense, verticale et commercialement infatigable — des tours serrées les unes contre les autres, des boutiques qui débordent sur le trottoir, une gare qui recrache chaque soir des milliers de navetteurs de Mumbai. Bhayandar, plus au nord, respire un peu mieux. Son côté ouest s'ouvre sur le creek, où les aigrettes avancent entre les racines des mangroves et où, entre octobre et mars, les groupes de grands flamants et de petits flamants teintent les vasières de rose. Le côté est est plus résidentiel, plus calme, ponctué par l'ancien lac de Bhayandar et ses marcheurs du matin.
Ce qui donne à Mira Bhayandar sa texture particulière, c'est l'importante communauté gujaratie et jaïne installée ici depuis quelques décennies. On y trouve donc des temples jaïns de marbre richement ornés cachés derrière des ensembles d'appartements, des restaurants de thali où l'assaisonnement est si précis qu'on oublie l'absence de viande, et — pendant Navratri — certains des cercles de garba les plus électrisants de toute l'aire métropolitaine de Mumbai, avec des danseurs qui remplissent les terrains jusqu'à deux heures du matin. La cuisine, à elle seule, mérite le détour : en-cas farsan, douceurs gujaraties chargées de ghee et de safran, café filtre du sud de l'Inde servi dans les échoppes de coin de rue.