Royaume précolonial
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v. 1550
Le roi Te-Agdanlin campe près de la lagune
Un prince en exil venu d’Allada remonte en pirogue le delta de l’Ouémé et installe son camp sur une bande de terre ferme que le peuple gun appelle déjà Hogbonu. Ses guerriers plantent des palmeraies, pêchent dans les bras d’eau saumâtre et lancent un marché qui survivra à toutes les dynasties. L’endroit sent le poisson-chat fumé et le raphia frais ; les matins de marché, c’est toujours le cas.
Essor de la traite esclavagiste
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1730
Des marchands portugais rebaptisent le port
Un capitaine luso-brésilien relève l’entrée abritée de la rade et inscrit « Porto-Novo » sur sa carte — Nouveau Port, pour le distinguer de l’ancien mouillage de Ouidah. En moins de dix ans, 4 000 captifs par an passent ici jusqu’aux sloops qui attendent au large. Le premier entrepôt en pierre de la ville sort de terre ; son mortier, mêlé de coquilles d’huîtres broyées, scintille encore dans les ruines.
Vague afro-brésilienne
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1807
Les rapatriés du Brésil accostent avec leurs papiers d’affranchissement
Le premier navire de locuteurs yoruba affranchis arrive de Salvador de Bahia, serrant des certificats de baptême portugais et des plans de maisons à deux étages. Ils apportent des recettes de pain de manioc, des saints catholiques et un vrai savoir-faire du stuc. Le quartier qu’ils bâtissent sent encore le café et le cigare les après-midi humides.
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v. 1830
José Francisco dos Reis débarque
Un tailleur affranchi venu de Bahia pose le pied sur le quai à 29 ans, avec un coffre en bois rempli de ciseaux de tailleur et de chapelets. Quinze ans plus tard, il possède un entrepôt, finance la première chapelle catholique et tient un journal qui consigne chaque éclipse visible depuis Porto-Novo — les astronomes le citent encore aujourd’hui.
Partage de l’Afrique
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1861
Un bombardement britannique fissure les murs du palais
Le HMS Bloodhound tire 32 bordées pour punir le roi Sáwu de commercer avec les rivaux français. Les remparts de terre crue se transforment en boue rouge ; le marché brûle pendant deux jours. Le bombardement pousse le roi à signer un traité de protection avec la France à la place, ce qui change la carte coloniale de l’Afrique de l’Ouest.
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1883
Le roi Toffa cède des terres à la France
Sous un kapokier à l’extérieur de l’enceinte royale, Toffa I appose son empreinte sur un traité qui livre les recettes douanières à Paris en échange de fusils et d’une promesse de protection contre les armées fon du Dahomey. Le document est rédigé sur un papier bleu français ; l’encre n’a toujours pas pâli dans les archives nationales.
Domination coloniale française
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1900
Porto-Novo devient la capitale du Dahomey
Le gouverneur Jean Bayol déplace l’administration coloniale depuis la côte paludéenne de Cotonou vers la colline ventilée au-dessus de la lagune. Les administrateurs réquisitionnent le palais du gouverneur — une maison en bois sur pilotis — et plantent des flamboyants qui sèment encore leurs pétales écarlates sur l’avenue de la République chaque mois de mars.
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1915
Le lycée Béhanzin ouvre ses grilles de fer
Le premier établissement secondaire de ce qui deviendra le Benin ouvre ses classes dans un ancien entrepôt de cacao. Les élèves portent des shorts kaki et récitent Corneille à la lampe, car le générateur tombe en panne tous les soirs. Parmi les premiers inscrits figure le garçon qui rédigera plus tard le discours d’indépendance du pays.
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1925
La mosquée afro-brésilienne s’achève sous son stuc
Des esclaves revenus devenus maçons coiffent leur mosquée pastel de deux dômes bulbeux copiés sur l’Igreja da Ordem Terceira de Salvador. À l’intérieur, le mihrab est encadré d’ananas sculptés ; nul ne sait plus si ce motif devait être sacré ou s’il était simplement à la mode dans la Bahia des années 1890.
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1946
Suzanne Métis ouvre la première cave à jazz
Une chanteuse martiniquaise fuyant les hivers parisiens transforme un ancien enclos à esclaves en club à la bougie où les saxophones highlife croisent les trompettes bebop jusqu’à la fermeture policière de 3 h du matin. Léopold Sédar Senghor y boit du vin de palme en 1948 et laisse un poème manuscrit sur le mur — on le voit encore derrière le bar.
Indépendance
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1960
À minuit, les drapeaux changent sur la lagune
À 00:15, le drapeau tricolore est abaissé et le vert-jaune-rouge du Dahomey claque dans le vent ; les tambourinaires passent de La Marseillaise à un rythme agbadja sans perdre une mesure. Les feux d’artifice se reflètent dans l’eau immobile et, pour la première fois depuis un siècle, le palais du gouverneur porte un drapeau africain.
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1962
Naissance de Romuald Hazoumè
Dans une cour de la Rua de São Paulo, un petit garçon prend sa première inspiration sous un plafond de métal recyclé fait de boîtes de conserve de tomates. Quarante ans plus tard, il transformera ces mêmes bidons en masques suspendus au British Museum, forçant le monde à regarder de nouveau le passé esclavagiste de la ville.
Ère militaro-marxiste
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1972
Les chars passent devant le palais du gouverneur
Les camions fournis par les Soviétiques au lieutenant-colonel Kérékou éclaboussent les flaques à l’aube et s’emparent de la station de radio avant le journal du matin. À midi, le bâtiment du Parlement est occupé ; au soir, le maillet du président gît en éclats sur le marbre. Le coup d’État met fin au pouvoir civil pour les dix-sept années suivantes.
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1975
Le Dahomey devient le Benin
Un décret présidentiel remplace le nom de l’ancien royaume par l’appellation plus moderniste de « République populaire du Benin », dans l’espoir d’effacer les rivalités régionales. Des affiches de Marx apparaissent à côté des portes yoruba sculptées ; la monnaie reste le franc CFA, mais elle porte désormais un buffle à la place d’une goélette.
Renouveau démocratique
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1998
Le musée Da Silva inaugure sa salle de cinéma
Urbain Da Silva, employé de banque devenu collectionneur, ouvre les portes du domaine familial pour montrer 3 000 photos afro-brésiliennes et une Citroën de 1956 qui roule encore. Le soir de l’inauguration, l’écran de la cour projette « Orfeu Negro » tandis que le pop-corn est servi dans des bassines en laiton autrefois utilisées sur les quais de Bahia.
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2015
Le centenaire du lycée Béhanzin illumine le ciel
Des anciens élèves arrivent de Montréal à Libreville et allument 100 lanternes de papier qui dérivent au-dessus de la lagune. Le proviseur cite les mêmes vers de Racine que son prédécesseur en 1915 ; les élèves répondent par un rap en fon, yoruba et français — trois langues qui résonnent sur les mêmes murs de stuc fissurés.
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2023
Le quartier afro-brésilien entre sur la liste de surveillance de l’UNESCO
Des charpentiers remplacent des balustrades rongées par les termites pendant que des grands-mères vendent des beignets de haricots dessous. L’inscription ne fige pas le quartier ; elle ralentit juste assez l’usure de la peinture pour que les visiteurs remarquent l’odeur de café et de cèdre qui flotte ici depuis 1807.